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Korblog, le blog de Kornog

Korblog, le blog de Kornog

Après un an de navigation et deux mois de confinement, ce blog est au repos...

TERRE ! (Journal de bord d'une traversée)

TERRE ! (Journal de bord d'une traversée)

Salut les champions ! Après 13 jours et 18 heures de navigation nous voici de l’autre côté de l’Atlantique avec une voile et deux poulies en moins. Honnêtement, on espérait mettre moins de temps. La première semaine on a bien avancé,  dans de bonnes conditions. La deuxième partie du voyage a été plus difficile.

Si ça vous intéresse, j’ai tenu un journal de bord pour vous. Si vous n’avez pas le courage de le lire, vous aurez une petite idée  de l’ambiance sur le bateau en regardant la vidéo.

Si vous êtes en congés ce soir, on vous souhaite de bonnes vacances !

 

Vendredi 7, jour 1

Vrai faux départ

Maintenant je peux vous le dire, le jour J, j’étais en petite forme à cause d’une assiette de poulpe pas frais : nausée, diarrhée et mal de tête. Mais pas suffisamment pour repousser le départ. On a largué les amarres mollement à 13h30 UTC (l’heure universelle) et quand on a hissé la grand-voile, Gilles s’est aperçu qu’il manquait un élastique dans un coulisseau. Il a fallu affaler, le remplacer vite fait et hisser à nouveau. Ça commençait bien !

Une traversée de l'Atlantique comme cadeau d'anniversaire, c'est pas mal...

Une traversée de l'Atlantique comme cadeau d'anniversaire, c'est pas mal...

A 18h30 on était suffisamment loin des îles du Cap Vert pour récupérer un peu de vent et hisser le spi rouge. Comme on a un bon pilote automatique, on l’a laissé gérer et on a débouché le champagne. Le capitaine a soufflé ses bougies et ouvert ses enveloppes et ses cadeaux (merci les copains !). Ensuite il est allé se coucher et j’ai pris mon premier quart dans une nuit sans lune (merci le pilote automatique).

Magnifique chapeau d'anniversaire. Merci les copains !

Magnifique chapeau d'anniversaire. Merci les copains !

Samedi 8 : jour 2

Gilles enlève le haut 

 

Gilles a tombé le T-shirt ! Il espère atténuer son bronzage agricole avant d’arriver sur les plages de la Martinique. C’est le seul fait marquant de la journée. Et je me suis rendu compte qu’on avait oublié d’acheter des œufs. Dommage, je voulais préparer des crêpes.

Petite intervention sur la chaussette du spi.

Petite intervention sur la chaussette du spi.

Dimanche 9 : jour 3

Le rouge et le noir

 

Les alizés ne sont pas très stables. Le vent hésite entre 12 et 20 nœuds (Kts) alors on change de spi comme de chaussettes : le rouge (110m2), le noir (130m2), le rouge... En parlant de chaussettes, celle du spi rouge ne voulait plus descendre. On a tout remis en ordre et ça coulisse à nouveau parfaitement. Et bien sûr, c’est au moment où on passait à table que Kornog est parti au lof.*

 

* Quand il part au lof, le bateau se couche parce qu’il y a trop de voiles par rapport au vent. Il faut se précipiter pour choquer (lâcher) les voiles pour le redresser. Et ensuite il n’y a plus qu’à ramasser tout ce qui a valdingué dans le carré.

 

Chaque matin, on trouve quelques malheureux poissons volants échoués sur le pont.

Chaque matin, on trouve quelques malheureux poissons volants échoués sur le pont.

Lundi 10, Jour 4

Quelle heure est-il ?

Le jour se lève et se couche de plus en plus tard et on commence à perdre la notion du temps. En fait, on ne sait plus quelle heure il est. On oscille entre l’heure universelle (celle de nos instruments de navigation), l’heure européenne (sur nos ordinateurs), l’heure capverdienne (à nos estomacs) et l’heure martiniquaise qui nous attend au Marin.

Dès potron-minet, on a hissé le spi rouge et Gilles a surfé sur les vagues une bonne partie de la journée. Avant ça me faisait peur de partir au lof toutes les cinq minutes, maintenant ça m’agace, surtout quand je suis en train de me servir une tasse de thé ! 

Comme il fait 27 °C dans le bateau, on a ouvert quelques hublots. Et forcément, alors que je lisais tranquillement sur la banquette dans le carré, j’ai reçu une grosse vague sur la tête. Mon bouquin était trempé.

Ce soir, le premier quart de lune est apparu. Il est horizontal !

 

Le temps se gâte. Réveil sous un ciel de plomb ce matin.

Le temps se gâte. Réveil sous un ciel de plomb ce matin.

Mardi 11, Jour 5

Les voiles de l’Albatros.

Lever sous les nuages ce matin. On est ballottés par des vagues de travers. Ce n’est pas évident de faire sa gymnastique dans cette lessiveuse, mais je m’obstine. Sinon, dans dix jours, je ne pourrai plus sortir de ma couchette.

 

Vous avez remarqué mon beau T-shirt ?

Vous avez remarqué mon beau T-shirt ?

Aujourd’hui on a croisé un voilier. Ca nous a occupés une bonne partie de l’après-midi. D’abord on l’a vu apparaître sur notre écran de surveillance. On était tout excités : Albatros, 13 mètres de long, quatre de large. Ensuite on l’a cherché à l’horizon avec les jumelles. On a même dévié un peu notre cap pour le croiser. Grosse déception : il naviguait sans grand-voile, juste avec son génois, une hérésie selon Gilles qui ne s’est pas privé de le traiter de "grosse merdasse" avant de reprendre son cap. Sans commentaire.

Ceci est une photo en couleurs. Record de vitesse aujourd'hui : 215 milles en 24 heures.

Ceci est une photo en couleurs. Record de vitesse aujourd'hui : 215 milles en 24 heures.

Mercredi 12, jour 6

Ça déménage !

Le capitaine ayant décrété que Kornog était trop chargé à l’avant pour surfer correctement sur les vagues, on a commencé la journée par une bonne séance de "matossage" (déplacement du matos). Toutes mes fringues et mes bouquins sont partis à l’arrière, suivis de la réserve de bouteilles d’eau, des boîtes de conserve et des guides touristiques. La trinquette (une petite voile pour le gros temps), habituellement à poste à l’avant, se retrouve au rappel. Moi, qui ai pourtant une respectable expérience des déménagements, c’est la première fois que je trimballe mes caisses avec 25 nœuds de vent et deux mètres de creux. Ensuite comme on était bien chauds (on dégoulinait), on a échangé le petit gennaker contre un grand gennaker et c’était parti pour une nouvelle journée de surf. Je m’amuse de plus en plus à la barre.

J'aime beaucoup barrer le soir en direction du soleil couchant.

J'aime beaucoup barrer le soir en direction du soleil couchant.

Jeudi 13, jour 7

 

Au milieu du gué ohé ohé

 

Un magnifique lever de soleil aujourd’hui pour découvrir qu’à 4 heures du matin (heure universelle), on avait parcouru la moitié du chemin. En théorie seulement, car on ne navigue pas en ligne droite. Jusqu’ici on a tiré un seul bord, en faisant une jolie courbe vers le Sud, mais à partir de maintenant le vent va nous obliger à zigzaguer, donc à rallonger la route. Premier empannage depuis une semaine ce soir (ça veut dire qu’on a viré de bord) et dîner en terrasse. La température monte : 29° C dans le carré et 41 dans le cockpit à midi.

On a parcouru la moitié du chemin, ça se fête.

On a parcouru la moitié du chemin, ça se fête.

Vendredi 14, jour 8

 

Les grandes manœuvres

 

On a été secoués toute la nuit par un vent qui se tâte entre 12 et 25 nœuds (le pilote a du mal à suivre) et avant l’aube Gilles m’a réveillée en fanfare pour prendre un ris (diminuer la grand-voile) et empanner (virer de bord). Nos fichiers météo et notre routeur annoncent des orages. De fait, on a reçu une première averse ce matin. J’en ai profité pour prendre une douche. Et ensuite on a enchaîné les manœuvres toute la journée.

 

Remplacement de la poulie du hale-bas qui a explosé pendant un empannage.

Remplacement de la poulie du hale-bas qui a explosé pendant un empannage.

Samedi 15, jour 9

Une journée de m….

 

Autant le dire clairement, aujourd’hui, côté navigation, c’était une journée de merde. A 6 heures du matin Gilles m’a sortie de ma couchette encore plus brusquement qu’hier, car le petit gennaker s’était déchiré de haut en bas lors d’une survente (35 Kts). Pendant qu’on était tous les deux à l’avant, dans le noir, en train d’essayer de le récupérer, Kornog a empanné sauvagement et la poulie du hale-bas a explosé. Toute la journée, on a enchaîné les grains et le calme plat, le vent faisant des bonds de 14 à 37 kts sans crier gare. Sans notre gennaker, on est malheureux car on avance beaucoup moins vite ! Cette nuit, par précaution, on va dormir avec notre ciré et notre gilet, prêts à dégainer !

 

Je commence un album de photos de nuages. Aujourd'hui, record de lenteur : 131 milles en 24 heures.

Je commence un album de photos de nuages. Aujourd'hui, record de lenteur : 131 milles en 24 heures.

Dimanche 16, jour 10

On veille aux grains

 

C’est fascinant de voir les nuages se former, gonfler, monter, se tordre, prendre des formes improbables et pour finir se dissoudre, avec ou sans pluie. Par moments, ils montent tellement haut qu’on a l’impression de naviguer au milieu de massifs montagneux enneigés.

Après la déconvenue d’hier, on est sur nos gardes. On a passé beaucoup de temps aujourd’hui à réduire la grand-voile, puis à la relancer. Ça s’appelle prendre un ris, et larguer le ris. Depuis que Gilles a acheté le bateau, c’est la première fois qu’on prenait le troisième ris. Du coup, ce soir, pour fêter ça, on a mangé du riz avec du chili con carne en boîte. Je plaisante, mais entre deux grains, on n’avance pas très vite.

 

Depuis plusieurs jours on voit passer des bancs de sargasses, ces algues qui polluent les plages antillaises.

Depuis plusieurs jours on voit passer des bancs de sargasses, ces algues qui polluent les plages antillaises.

Lundi 17, jour 11

Belotte et re-belotte

 

Encore une journée à scruter l’horizon en attendant le déluge qui ne vient pas et à se traîner à la vitesse d’un voilier classique, alors qu’on navigue sur le Pogo le plus rapide de tout l’Ouest ! 

Ça devient lassant de reluquer les nuages, mais en deux jours j’ai fait d’énormes progrès en manœuvres. Je suis devenue incollable sur la prise de ris.

En arrivant il faudra qu'on prenne rendez-vous chez le coiffeur.

En arrivant il faudra qu'on prenne rendez-vous chez le coiffeur.

Mardi 18, jour 12

On n’est plus très frais

 

Alors que j’étais de quart, à trois heures du matin (heure universelle), on a croisé un voilier. Le deuxième depuis notre départ. Je me suis sentie un peu moins seule, même si  dans la nuit, je n’ai vu que son feu bâbord (vert). Sur l’écran de l’AIS (le système de détection des navires) j’ai pu lire son nom, No Worries, et ses mensurations : 14 mètres sur 8. J’imagine que c’était un catamaran.

Pour le reste RAS. On est toujours dans les grains et on n’avance pas. On a terminé toute notre réserve de produits frais. Il ne reste plus un légume, plus une pomme, plus une banane ! Il est temps qu’on arrive

Même au milieu de l'Atlantique, il y a toujours un oiseau curieux qui vient voir ce qu'on fait.

Même au milieu de l'Atlantique, il y a toujours un oiseau curieux qui vient voir ce qu'on fait.

Mercredi 19, jour 13

Ça sent l’écurie.

 

Décidément 3 heures du matin c’est la bonne heure pour croiser des voiliers. Cette nuit c’est Sea You qu’on a croisé à cette heure-là, le voilier de la famille 9onaboat, avec les sept enfants. Je n’ai pas vu ses feux, mais rien que de lire son nom sur l’AIS ça m’a fait chaud au cœur.

Et comme jamais deux sans trois, j’ai encore eu droit à une réveil matinal, cette fois pour envoyer le spi. Mais le vent n’est pas régulier, alors on a envoyé le grand gennaker. Mais ça n’allait pas non plus, alors on a remis le génois. Une heure de manœuvres dans le noir pour revenir à la case départ. Je vois bien que par moments le Capitaine préfèrerait naviguer avec un coéquipier de course plutôt qu’avec une débutante.

Dans la journée, on a vu deux autres voiliers. Il commence à y avoir foule sur cet océan ! Tout le monde converge vers la Martinique. Ça va bientôt sentir la terre !

Pour l’instant ça sent l’huile d’olive. Avec la chaleur et l’humidité, nos réserves de pain de mie ont moisi et sont allées nourrir les poissons. Alors j’ai fait du pain à la poêle selon une recette trouvée sur Internet. Trop fort !

 

Voici ce qu'on appelle une belle ligne de grains.

Voici ce qu'on appelle une belle ligne de grains.

Jeudi 20, jour 14

Dernière ligne pas droite

 

C’est sans doute l’idée d’être proche du but, mais j’ai eu beaucoup de mal à dormir la nuit dernière et pour la première fois je ressentais un peu d’appréhension.

Les fichiers météo nous avaient annoncé que la zone orageuse s’achevait ici et qu’après un dernier empannage, à 2 heures du matin, le vent tournerait en notre faveur et qu’on n’aurait plus qu’à filer en ligne droite vers notre destination. Les fichiers météo ont menti. Non seulement le vent n’a pas tourné comme il devait, mais de nouvelles lignes de grains se sont formées. Après quelques heures de mer calme et de vent régulier, on a dû sortir les cirés et recommencer nos exercices de prise de ris et d’empannage.

Comme on tire des bords carrés (je vous expliquerai une autre fois) on n’avance vraiment pas vite. On commence à trouve ça lassant et on sera contents d’arriver.

 

On n'imaginait pas approcher la Martinique sous ce ciel.

On n'imaginait pas approcher la Martinique sous ce ciel.

Vendredi 21, jour 15

La nuit magique

 

J’aurais bien voulu vous raconter ce que ça fait de voir la terre après deux semaines de mer mais c’est impossible car on ne la voit pas. Il fait nuit.

Hier soir entre les pâtes "3 minutes" et la crème Mont-Blanc à la vanille (dîner de fête pour Gilles) on a empanné une dernière fois et attaqué notre vraie dernière ligne droite. Ensuite Le Capitaine est allé se coucher et j’ai pris mon premier quart, par une nuit de quasi pleine lune.

C’est fascinant de filer sur l’océan, seule, au milieu de la nuit avec uniquement les étoiles au dessus de la tête et le bruit de l’eau qui caresse la coque. Il fait très doux. On voit loin.

Peu à peu est apparu à l’horizon un halo de lumière rose-orangé, comme une fin de coucher de soleil. Ensuite on a pu distinguer les lumières de la Martinique en face de nous et celles de l’île de Sainte Lucie sur notre gauche (à bâbord).

Et puis on a senti des odeurs. Celle d’une fumée âcre d’abord puis celle de la terre.

Après avoir passé la pointe Dunkerque (sic) on a mouillé dans l’anse de Sainte Anne, au milieu de dizaines de voiliers dont on distingue uniquement la silhouette et le feu de mouillage. La lune va se coucher. Il va bientôt faire nuit noire.

Il est 4 heures du matin ici, 9 heures en Métropole. Je ne réalise pas qu’on vient de traverser l’Atlantique à deux, sur un voilier de 10,50 mètres. Ce qui me frappe le plus, c'est le calme dans le bateau après deux semaines de grincements et de claquements incessants. Je vais me coucher.

 

Cette nuit à l'arrivée.

Cette nuit à l'arrivée.

Après quelques heures de sommeil, ça fait du bien de voir du vert !

Après quelques heures de sommeil, ça fait du bien de voir du vert !

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Monique (Diogane) 10/01/2019 10:38

Passionnant !!
Bonne et heureuse année 2019
Bon vent à vous 3

Hobopok 22/12/2018 11:28

https://www.bedetheque.com/media/Couvertures/Couv_94.jpg

Isa 22/12/2018 09:49

Vous l’avez fait ! Pratiquement sans casse ! Chapeau bas ! Hélène, ton journal est génial ! Gilles, heureux capitaine, quelle maîtrise ! Heureux séjour aux Antilles ! Profitez bien de la douceur de vivre au soleil et Joyeux Noël !

Rocchi 21/12/2018 17:42

super journal, bonne fête Gilles.
joyeux noël et bonne année.
les petits suisses
Rocchi

Sandrine lallement 21/12/2018 16:24

Je visualise très bien oû vous vous trouvez...merci de nous faire partager votre belle aventure !! Je ne manque aucun de vos posts et avais hâte de vous savoir de l'autre côté !!

Bonnes fêtes de fin d'année !!
Sandrine Lallement (matmut)

Pia 21/12/2018 16:19

Quelle joie, quel exploit !! Bravo :) ... Cette dernière image de vous prenant en bain de soleil, zen et sereins... magnifique ! Reposez-vous maintenant et profitez bien des Antilles et du soleil ! Gros gros bisous

Pat 21/12/2018 16:16

Bravo c'est génial, maintenant Noël au soleil dans la douceur des iles !!!
Profitez des iles elles sont trop belles !!
Joyeux Noël

Isabelle 21/12/2018 16:13

Bravo les champions ! Que de souvenirs à raconter au coin du feu quand vous serez à la retraite ! Je vous embrasse bien fort.

catherine 21/12/2018 15:59

Super contente pour vous de cette belle traversee, un peu mouvementee et arrosee!!!Attention au "mal de terre" en arrivant.Bon sejour aux antilles, nous on y va en fevrier mars...mais en avion Joyeux noel a vous 2 et profitez bien.Biz.catherine et felix

bertille 21/12/2018 15:54

Et au fait.... Passez un super Noël au soleil !!